Ce texte n’a pour but que d’amener une réflexion sur: vers quelle société allons-nous ? Quel peut être l’apport du Parti pour qu’elle soit supportable pour tous. Si vous le lisez jusqu’au bout avec un certain intérêt, alors pourrions-nous bâtir ensemble notre :
« Déclaration de Principes pour une autre société »
A. Groepche
La lutte des classes.
Ci-après quelques extraits du livret des principes et statut du parti socialiste, que l’on remettait aux militants en 1946. (Archives de Pierre THIRIOT).
« Déclaration de Principes, adoptée le 24 Février 1946, à Paris par l’Assemblée Nationale du Parti ayant pouvoir de Congrès.
Le but du Parti Socialiste (S.F.I.O.) est de libérer la personne humaine de toutes les servitudes qui l’oppriment et, par conséquent, d’assurer à l’homme, à la femme,à l’enfant dans une société fondée sur l’égalité et la fraternité, le libre exercice de leurs droits et de leurs facultés naturelles. »
Autre extrait qui démontre, ô combien, nous sommes arrivés aux antipodes de la vocation première de notre parti pour une autre société ;
« Le Parti Socialiste est un parti essentiellement révolutionnaire : il a pour but de réaliser la substitution au régime de la propriété capitaliste d’un régime où les richesses naturelles comme les moyens de production et d’échange deviendront la propriété de la collectivité et où, par conséquent, les classes seront abolies. Cette transformation, accomplie dans l’intérêt de tous les hommes, ne peut-être l’œuvre que des travailleurs eux-mêmes. Quels que soient les moyens par lesquels elle sera accomplie, elle constitue par elle-même la révolution sociale. C’est en ce sens que Parti Socialiste à toujours été et continue d’être un parti de lutte de classe, fondé sur l’organisation du monde du travail. »
Rappelons que notre pays sortait d’une guerre où la barbarie le disputa à l’ignominie. Certains furent fusillés pour résistance, d’autres déportés dans les camps de la mort etc…. Quand d’autres, sans vergogne, s’enrichirent. L’aspiration à un autre monde était très forte dans les classes qui souffrirent le plus. Aspiration à un monde pacifié plus juste, plus égalitaire et plus fraternelle.
Ce texte peut apparaître comme utopique, voire démagogique à l’extrême. Mais sommes-nous certains d’avoir su le faire évoluer en restant fidèle à une idéologie socialiste ? Nous verrons plus loin que la société changera, non sous la pression adaptée d’objectifs socialistes, mais sous celle d’un capitalisme de plus en plus oppressant. Quelque part n’avons-nous pas été complice involontaire ou non ?
La Social-Démocratie.
Il convient, avant de la situer dans les choix du Parti, de la remettre dans son époque et rappeler ses principes.
Elle désigne aujourd’hui un courant politique de gauche, réformiste et non marxiste. Elle apparut à la fin du 19ème siècle. Particulièrement au cours de la
IIème Internationale Socialiste, à l’initiative notamment de Friedrich Engels. A partir de la première guerre mondiale, une différenciation s’effectue entre ceux qui acceptent la guerre (les sociaux-démocrates) et ceux qui la combattent ( les communistes – J.Jaurès.). Progressivement L’Internationale Socialiste abandonnera toute référence au marxiste.
Principe de la social-démocratie.
Prendra consistance au 20ème siècle.But échapper aux « affres » du capitalisme par une série d’interventions étatiques pour contrôler les marchés, les capitaux et les grandes entreprises. Afin d’assurer une répartition sociale plus juste des revenus du travail.
Au final, c’est tout le contraire qui se produira. C’est au milieu du 20ème siècle que la concentration des entreprises et du capital donnera naissance aux grandes sociétés supra-nationales qui échapperont aux contrôles étatiques. Sous leur emprise naîtront des institutions internationales tel que le FMI, l’OMC, et la Banque Mondiale, grâce à l’impulsion de partis de droite de pays très conservateurs (républicains américains, conservateurs britanniques et canadiens).Ces pays multiplieront les traités internationaux de libre échange et de libre circulation des capitaux.
Le retour de notre parti aux affaires en 1981 mettra en pratique des principes proches de la social-démocratie, fidèle aux principes d’une société plus juste et d’un capitalisme encadré. C’est l’époque du programme commun et de ses 110 propositions. La gauche avait un projet ! Une très grande partie fut réalisée ce qui marqua socialement l’époque.
Ce programme avait été influencé par le succès rencontré par les socialistes allemands (S.P.D.). L’Allemagne économiquement plus puissante que jamais, se révélait un modèle. Elle démontrait que dans une conjoncture économique forte, la social-démocratie fonctionnait.
De 1981 à 1983, période économique favorable, ce fut la cas pour notre pays. Hélas, à partir de fin 1983, la France entra dans une crise économique. En 1984, changement de gouvernement. La rigueur, avec son train d’injustices, était mise en place. Notre parti subira passivement un modèle économique, qu’il n’avait pas choisi et contraire à ses principes
fondamentaux : « L’économie de marché ».
A l’inverse de nos voisins allemands qui eux avait commencé à la pratiquer sans la subir. Mais avec la
réunification, mal préparée, ils connaîtront plus tard, à leur tour, une grave crise économique et sans avoir, eux aussi, un autre projet de société à opposer.
C’est à cette période, dans notre pays entre autres, un certain capitalisme commença les restructurations d’entreprises, puis plus tard les délocalisations de la production manufacturière mais aussi des bénéfices vers les paradis fiscaux.
La Social-démocratie qui ne pouvait fonctionner que dans une économie forte, avait vécue. S’annonçait le libéralisme, et ses cousins : l’ultra-libéralisme et le néo-libéralisme. Notre parti avait perdu ses repères oubliant d’avoir à penser à une autre forme de société pour affronter l’avenir.Il s’en remettait à ses dirigeants de l’époque pour limiter les ravages sociaux qui s’installaient.
Le Libéralisme et ses cousins.
Le libéralisme est utilisé dans des sens différents et parfois contradictoires.Le libéralisme économique et celui politique n’ont pas la même connotation.
A l’origine ce terme désignait un courant de pensée, né en Europe au 17ème et 18ème siècle, en opposition à l’absolutisme monarchique. Ce courant affirmant la primauté de l’individu et de sa liberté sur toute forme de pouvoir. On retrouve en économie la base de ce principe. Il repose sur l’idée que la liberté d’action soit la plus complète possible. Ce principe se résume dans cette expression « Laissez-faire les hommes, laissez passer les marchandises (V. de Gournay) ». « laissez-faire » égale « laissez les gens libres d’entreprendre » et « laissez-passer » voulant dire « laissez les gens libres de commencer »Les individus sont souverains, libres et égaux en droit, ce qui est permis à l’un l’est aussi à l’autre. Mais certaines contraintes ne serait-ce d’ordre génétique (intelligence, facultés physiques…) ou d’ordre économique (patrimoine, relation employeur/employé etc.), crée un déséquilibre de situation. C’est en cela que le libéralisme est porteur d’inégalités. Pour les marxistes il représente les « affres » du capitalisme.
A l’inverse le libéralisme politique c’est le droit de créer ou d’adhérer à un courant de pensée, et le droit, politiquement, à sa représentation.
L’ultra-libéralisme, est comme l’anarchisme en son temps, une épithète péjorative pour qualifier un système se déclarant favorable pour une réduction des législations ou des prérogatives légales. En ce sens, c’est pratiquement synonyme de partisan de la destruction totale de toute législation.
La gauche (socialiste, communiste, libertaire,etc.) utilise le premier terme lorsque cette réduction est préconisée en matière économique ou sociale. La
droite utilise le second lorsqu’il s’applique au capital individuel ou à la propriété.
Le néo-libéralisme, c’est une radicalisation du libéralisme, né à la fin du 19ème, début du 20ème
Siècle, de différentes écoles libérales.Il repose sur plusieurs principes économiques dont les principaux (très actuels) sont :
- Répondre par tous les moyens à l’offre ou la demande.
- Seul le prix permet de distinguer les produits identiques
- Libre entrée sur le marché : seul le prix décide et aucune autre barrière juridique (brevets), technique (savoir-faire), ou économique (capitaux) ne doit s’y opposer.
- Mobilité des facteurs : en fonction du prix (qui rémunère chaque facteur), les agents peuvent réorienter leurs capitaux ou leur travail vers les secteurs ou les activités plus rémunérateurs
C’est notre société actuelle et auquel notre parti n’a pas trouvé de solution pour s’y opposer.Ce concept est en vigueur aux Etats-Unis, Grande Bretagne, Canada mais aussi et surtout dans les pays émergents : Chine, Inde, Malaisie … . Détruit des pans entiers de notre économie remettant en cause nos modèles sociaux et notre mode de vie.
Réflexion, questions pour notre parti.
De la lutte de classe à nos jours, notre parti ne paraît pas avoir su proposer un modèle de société pour s’opposer à la montée d’un capitalisme imposant ses règles. C’est pourquoi il semble que le moment est venu de s’interroger en tant que militant d’un seul et unique PARTI SOCIALISTE, (en oubliant les querelles intestines d’intérêts ou de courant) :
Contre les inégalités croissantes : 8,3 millions de ménages possèdent 30% du patrimoine marchand de la planète (77.000 ménages, 15%), alors que 2,8 milliards de personnes vivent avec moins de 2 $ par jour. Contre des fonds surpuissants : les fonds de pension américains gèrent + de 10 milliards de $,
dont la moitié en actions, soit 3 fois la capitalisation boursière de Paris. Contre tout pour l’actionnaire :
la Bourse ne finance plus les entreprises, d’où le développement en panne. La part des dividendes dans le revenu national est passée en France de 2,3% en 69 à 7,9% en 2003 (INSEE).
Quand les pays de la C.E., économiquement se concurrencent, quand les pays émergents livrés au néo-libéralisme, absorbent de plus en plus d’énergie, pour produire plus, à bas prix, mettant en danger l’économie et les modèles sociaux existants des autres pays. Ne conviendrait-il pas de sortir des débats franco-français (hormis le court terme) pour mettre en chantier le projet d’une autre société ? Ne serait-il pas judicieux de relancer une Internationale Socialiste efficace, qui fut un lieu de courants d’idées et de modèles de société aux 19 et 20ème siècle ?
J’espère que la lecture de cet article vous aura apporté un éclairage sur l’origine et la nature de notre société.